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Démarche artistique

Déconstruire pour construire

Michel LAVAIL a toujours eu des expériences artistiques sans frontières, en toute liberté, entre les matériaux et les écoles de pensée, s’intéressant et pratiquant aussi bien la sculpture que le collage, ou le dessin d’architecture (d’où son goût pour l’art construit). La liberté c’est aussi pour Michel Lavail d’apprécier aussi bien Arnaldo Pomodoro que Bridget Riley, le Bauhaus ou Jesus Rafael Soto que Andy Goldworthy….Il voyage depuis toujours entre un art minimaliste et des pièces plus flamboyantes sans être dans un antagonisme réducteur, laissant peu à peu se mettre en place son écriture, sans rien précipiter.

Peut-être cette sagesse est-elle liée à son goût pour la philosophie, notamment pour Michel Onfray, Foucault ou Alain, ce dernier ayant été pour lui un révélateur avec ses « Propos sur le bonheur ». Le point commun entre ces philosophes étant l’hédonisme auquel l’artiste souscrit : Comment simplifier sa vie, « faire de sa vie une œuvre d’art », vivre le moment présent pour libérer le processus créatif de tout questionnement métaphysique en se concentrant sur la recherche pure. Autrement dit, Michel Lavail se vit comme un artiste chercheur, abordant ses problématiques de créateur, à l’instar du scientifique en recherche expérimentale.

C’est sur ce principe que sa démarche de plasticien l’entraîne à explorer, sans rien s’interdire, différents médiums et techniques pour élargir son horizon. Cela lui évite de s’enfermer dans un carcan réducteur. Il défend cette liberté de l’artiste de créer à partir de tout, avec tout, pour tous.

Il ne s’interdit donc pas non plus un petit clin d’œil philosophique avec son collage « les 3 singes », un triptyque, affichant clairement son questionnement : vaut-il mieux « Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire », en quelque sorte s’affranchir de toute problématique conflictuelle interne ou externe, ou prendre la liberté au contraire de « tout voir, tout entendre et tout dire » en acceptant de déranger ou de se déranger. Il déroule ainsi son fil conducteur : tout dire effectivement, mais avec une économie de moyens pour introduire un autre antagonisme, voire une ambigüité. Sa série de sculptures totémiques et ses collages symbolisent bien son parti pris de détourner le concept d’opposition.

Aux antipodes (en apparence) de la complexité, il met donc en exergue la ligne directrice de la simplification, même si le chemin pour y parvenir, s’est révélé ardu. Son objectif : minimiser le nombre de variables pour rendre l’équation la plus simple possible et recentrer la lecture de ses œuvres. Pour lui, cette liberté ne peut se trouver et se gagner que dans ce choix de renoncement de moyens. Il apprécie la force d’une ligne droite, la puissance d’un plan, la déflagration d’une déchirure qu’il magnifie dans le silence de l’espace pictural, dans la transparence des volumes, jouant avec les superpositions aussi bien dans ses collages que dans ses sculptures en plexiglas ou en bronze.

Déconstruire pour construire. Sculpter le papier, le métal, c’est sculpter le mot liberté. Des lignes brisées, des déflagrations reviennent, autant de points de fractures entre plusieurs vies et expériences qui fonctionnent comme des vases communicants ; ainsi l’art construit de Michel Lavail est toujours au bord du souffle, du frémissement, voire de l’explosion, très éloigné d’un minimalisme purement théorique, même si le concept est prégnant.

Déconstruire pour construire…

Brigitte Camus – Auteure – Consultante artistique